État de sidération, dissociation, mémoire traumatique et amnésie dissociative
L’état de sidération qu’est-ce que c'est ?
“Pourquoi elle ne s’est pas défendue ?”
Quand on parle d’agression sexuelle ou de viol c’est sûrement la question la plus fréquente. Alors pourquoi tu ne t’es pas défendue ?
Au moment d’une agression sexuelle ou d’un viol, la victime peut se sentir paralysée et incapable de réagir et c’est tout simplement parce qu’elle est dans un état de sidération, c’est la première conséquence psychologique d’une violence sexuelle.
Tu te reconnais peut-être dans cette description et tu aimerais comprendre pourquoi, pourquoi tu n’as pas régi ou pourquoi tu as arrêté de réagir à un moment donné, tu n’avais pas envie, tu voulais te débattre et crier non, appeler à l’aide ou t’échapper mais tu n’as pas réussi parce que tu ne pouvais pas, comme plus de 70% des femmes victimes de viol, parce que cet état de sidération rend impossible tous gestes ou actions alors non ce n’est pas de ta faute.
Face à un danger une partie du cerveau produit ce qu’on appelle l’hormone du stress qui te prépare à prendre la fuite mais quand il est impossible de fuir, à cause de l’agresseur, le corps se retrouve surchargé de cet hormone et pour ne pas faire un arrêt cardiaque, qui peut arriver en cas de stress trop important, ton organisme arrête tout pour se maintenir en vie.
Tous les cerveaux réagissent différemment et plus ou moins vite pour se sauver, c’est pour cette raison que certaines femmes n’ont aucune réaction et vont subir sans se défendre ou vont se débattre puis soudainement plus du tout.
Au moment où ton organisme a arrêté de réagir, ton cerveau a lui libéré des molécules semblables à de la morphine, c’est ce qui permet à ton corps d’accepter l’inacceptable et c’est cet état qui n’est pas sans conséquence, ce qu’on appelle la dissociation.
La dissociation
La dissociation est la conséquence de l’état de sidération et est comparée à une anesthésie émotionnelle.
Tu te reconnaîtras peut-être dans la phrase suivante, la dissociation c’est se détacher de son corps, cette impression de vivre le moment sans réellement le vivre, être là sans être là, avoir l’impression de vivre l’agression de l’extérieur et ne pas être à l’intérieur de son corps, cette impression d’être en mode survie, se rappeler des moindres détails tout en ayant l’impression d’avoir vécu ça de très loin, sentir qu’on nous fait du mal sans rien ressentir à la fois, se sentir morte, être détachée de soi pour survivre.
En état de sidération on ne peut ni parler, ni bouger, ni crier et la dissociation elle, fait qu’on se sent déconnectée ce qui peut aussi provoquer des trous noirs.
Quand la victime sort de l’état de sidération c’est le début d’un traumatisme “Pourquoi je n’ai rien fait” “Pourquoi je me suis pas débattue”, des questions qui peuvent hanter l’esprit des victimes, qui vont se sentir responsable de ce qui leur est arrivé et qui vont alors culpabiliser. Et ce n’est malheureusement que le début d’un long traumatisme.
Cet excès d’hormones du stress fait que le souvenir de cet événement traumatisant va être placé dans ce qu’on appelle la mémoire traumatique, l’événement ne pourra alors pas être intégré correctement ce qui amènera les victimes à revivre cet événement traumatisant, l’état de sidération peut même se reproduire, en voyant quelque chose de précis, un objet, un geste, en sentant une odeur, en entendant un son, en étant dans un environnement particulier et la victime peut se retrouver comme paralysée à nouveau.
Comprendre ce qu’est la mémoire traumatique
La mémoire traumatique est extrêmement fréquente chez les victimes de violences sexuelles et est à l’origine des symptômes traumatiques les plus graves et les plus destructifs.
Mais qu’est-ce que c’est ?
Comme expliqué un peu plus haut, suite à la violence de l’événement ton cerveau a produit des hormones semblables à la morphine pour te maintenir en vie et supprimer la douleur, les violences et la souffrance continues mais tu n’avais plus de réponse émotionnelle. De ce fait, ta mémoire émotionnelle n’a pas pu traiter l’événement et intégrer ce dernier, il va rester bloqué dans la mémoire traumatique.
La mémoire traumatique, trouble de la mémoire émotionnelle est une conséquence psychologique d’un événement traumatique qui peut envahir totalement la conscience de la victime sous forme de flash-back, de cauchemars ou d’illusion qui font revivre une partie du traumatisme ou son intégralité à l’identique, la même peur, la même détresse, les mêmes réactions quelles soient physiques ou psychologiques, peut provoquer cette sensation de danger ou de mort imminente, que celles subies lors de l’agression et ce même des dizaines d’années après et peut se déclencher à tout moment.
Pour éviter de déclencher cette mémoire la victime peut être amenée à adopter une conduite d’hypervigilance, de contrôle ou encore d’évitement. Dans le cas où ces conduites ne suffisent plus et où l’angoisse devient insupportable, la victime peut rechercher à reproduire cet effet dissociant avec des conduites dissociantes risquées.
L'amnésie dissociative
L’amnésie dissociative peut affecter les victimes de violences sexuelles. C’est une amnésie qui apparaît soudainement suite à un événement traumatisant et un stress important et rend difficile voir impossible de se souvenir de ce qu’il s’est passé.
D’ailleurs les victimes de violences sexuelles qui souffrent d’amnésie dissociative ressentent cette sensation de « vide », cette souffrance intérieur indescriptible, n’arrivant pas à se souvenir de ce qu’elles ont subi.
Malgré cela, même si l’agression ou le viol est « oublié » il continue d’influencer le comportement de la victime, par exemple, une femme agressée à une station de métro, peut ne pas se souvenir de l’agression ou des détails mais peut éviter de prendre le métro, développer une phobie des transports etc.
Ces trous de mémoire peuvent durer quelques minutes, comme plusieurs années.